"La vraie vie, c'est la littérature." (M. Proust)
Le dimanche, pendant que Gilles se pomponne, elle décide qu’il est temps d’installer son chef d’œuvre. L’oreille aux aguets, elle examine la poutre, la poupée. Pas au centre, non ; ce serait niais ou prétentieux. Elle décale le pantin vers la gauche,...
À FLORENCE Viens ! laissons le soleil, les marbres, le palais Aux naïves ferveurs de la foule vorace ; Allons où le passé n’a posé d’autre trace Qu’une dalle muette, étroite, sans reflets ! Que tes yeux, indulgents aux murs gris, presque laids, Du porche...
AUTOMNES Autrefois, farfadet des grèses, Des clos, des combes, des chemins Où les feuilles couchent à l'aise Leurs chutes d'ambre et de carmin, J'y traînais mes pas enfantins, Etrave où le flot d'or foisonne, Lame froissant moire et satin: J'avais six...
E LA NAVE VA Le poète autrefois posait, le soir venu, Les songes de sa plume aux pieds de la déesse, Muse dont la faveur, veillant sur sa prouesse, Ouvrait à ses regards les seuils de l’inconnu. Puis l’amour d’une dame, offert ou contenu, Mit aux doigts...
TOURTERELLES Tout autour de ma maison Roucoulent les tourterelles, Le jour est trop court pour elles, Trop vite fuit la saison, La saison pourtant si belle Quand l’aurore en ses atours Et les soirs où l’or ruisselle S’enchantent de leurs amours. Tout...
Les papiers d'Aspern - Henry James Un délice de douloureuse ironie. J'avais lu d'autres nouvelles de James, je ne me souviens pas qu'aucune m'ait paru aussi fascinante - peut-être parce que le sujet de celle-ci m'intéresse particulièrement. Nouvelle,...
CHERS ÉPHÉMÈRES Ils traversent nos jours sans qu’y pèsent leurs ombres, Attentifs dans l’instant et sitôt oublieux, Liés à nous si fort, si peu ! Car de peur qu’un excès de ferveur les encombre, On les chérit du bout des yeux. Savent-ils quels désirs...
La Bataille de Toulouse - (José Cabanis) C'est un très beau texte, d'une simplicité raffinée. Un roman, sans doute, où se mêlent des éléments propres à l'auteur (au moins ce domaine de Nollet, et ce partage entre un travail et l'écriture; pour le reste,...
LES AMANTS Les verra-t-on, furtifs, dans l’ombre solitaire, Sous l’idéale nuit d’un avril embaumé Où le vent jette au cœur avide d’être aimé La verte exhalaison des encens de la terre ? Leurs pas glissent ensemble à travers bois et champs ; Nul ne sait...
AU BOIS DORMANT Tout est paisible et lent. Le vent berce les feuilles, Et la lumière doucement bouge dans l'air, Comme une onde pensive et pâle se recueille À l'orée de matins immobiles et clairs. L'oiseau vaque à son nid, l'araignée à sa toile, Des fourmis...
VIEILLIR Soudain le temps a rétréci ; Nous n’irons plus jamais ensemble Frayer les sentiers sans souci Où nos pas s’inventaient un amble. Plus jamais la vie en nos corps N’épanouira la merveille D’un être neuf, dont le décor De notre avenir s’ensoleille....
- Sœur Dolorès? - Mademoiselle Delagny? - Devrons-nous toutes nous installer à l'hôpital? - Je ne crois pas. Pas toutes et pas très longtemps en tout cas. Si j'ai bien compris, celles qui sont très choquées ou plus fragiles iront en observation quelques...
C'est le livre qu'on écrit pour conserver un peu de ce que le temps emporte. C'est le livre qu'on lit parce qu'on s'y retrouve: même sorte de décor, la campagne, même enfance paysanne baignée de "patois", de lecture, de radio, de travaux partagés - fenaison,...
- Sœur Dolorès? Je vous demanderais bien un service un peu exceptionnel? Ce ne serait pas très pesant, je crois, c'est sur le chemin de la Cathédrale. Un jour où vous irez... Cela ne vous retarderait guère... - Dites, mademoiselle! J'irai où vous voudrez...
FIGURE IMPOSÉE Tu prétends donc, ma belle, en ta douce démence, Que sur ces douze mots je rime un au revoir ? De ma muse tu sais que le zèle est immense, Mais où diable veux-tu qu’elle case un lavoir ? Le bitume a pour toi plus d’attraits que la terre,...
On appelle désormais humour toutes les formes de comique. Et tant pis si les dessins de presse sont plus souvent satiriques qu'humoristiques, tant pis si le ressort du rire n'est qu'un jeu de mots, si se moquer d'autrui est plutôt l'effet de l'ironie...
Il a longtemps brillé dans les Pyrénées, à Lourdes et aux alentours. Il vient de se mettre en veilleuse: l'Atelier Imaginaire (http://www.atelier-imaginaire.com/) qui a décerné pendant 30 ans (ou peut s'en faut) le prix de poésie Max-Pol Fouchet et le...
Les automobilistes qui, ce soir comme les précédents, longent la voie, un peu plus que route et pas encore rue, pour s’égailler dans les nodules urbains dont s’infecte la campagne alentour, tous ces gens dont le regard de Viviane enregistre le passage...
J'ai lu pour la première fois "Hamlet" dans la traduction de François-Victor Hugo, et c'est à celle-ci que je reviens toujours. On vante périodiquement telle ou telle nouvelle version: peut-être ont-elles en effet, pour les comédiens, des vertus qui échappent...
AVATAR Quel décret dans l’ombre prescrit Que demain fleurisse la rose ? Qui sait où divague l’esprit, Quand le corps, dans la nuit, repose ? Que demain fleurisse la rose, Nos yeux vont s’en émerveiller. Quand le corps, dans la nuit, repose, Est-on sûr...
BOUQUET MINEUR Pâle pourpre de l’ancolie, Dauphinelle aux fleurons d’azur, Et toi, compagne du vieux mur, Giroflée où l’or s’humilie ; Toi, marguerite qu’exfolie La quête d’un bonheur futur Et toi, cher souci qu’elle oublie, Comptant sans l’avenir impur...
Bien qu’une ondée de lassitude s’abatte sur elle, emportant son courage, elle s’impose un dernier effort : « Si on ne fait pas de feu, si on ne peut rien poser dessus, elle sert à quoi, cette cheminée ? » Ses bras dénoués accueilleraient encore un élan...
Elle a dit vrai : il pleut. Il tombe une de ces pluies fines et opiniâtres de mars, partie pour durer toute la journée, et qui dure encore, le soir, au retour de Gilles. La Clio cabossée bouche le portail, museau pointé vers la rue. Le nez aplati contre...
Gilles se tient debout près de la cheminée, le pantin dans la main gauche, la mine perplexe, presque dégoûtée : « C’est quoi, ça ? - Simplet, tu vois bien. - Simplet ? - Le nain de Blanche-Neige. J’ai tout fait, le patron, le bourrage, les broderies....
Passent les semaines de septembre où, des rayons du magasin, s’envolent les blousons couleur de châtaigne ou de chocolat, les lainages gonflés de tendre tiédeur, escortés des écharpes, des moufles, des bonnets voués aux discordes et aux chahuts. Dans...