"La vraie vie, c'est la littérature." (M. Proust)
AUTOMNES
Autrefois, farfadet des grèses,
Des clos, des combes, des chemins
Où les feuilles couchent à l'aise
Leurs chutes d'ambre et de carmin,
J'y traînais mes pas enfantins,
Etrave où le flot d'or foisonne,
Lame froissant moire et satin:
J'avais six ans, j'aimais l'automne.
Cœur couvant d'ombrageuses braises,
Tablier neuf, souliers reteints,
Dans le cartable rien qui pèse,
Sous le ciel tendre du matin,
L'école me rappelle enfin,
Et vers elle mes pas résonnent
Moins haut que n'exulte ma faim
- Dieu! qu'à dix ans j'aime l'automne!
Je quittai mes bois et mes grèses,
Mais les murs des villes sont pleins
D'enfeus où les livres se plaisent
À charmer les yeux orphelins;
Sanglots longs et filles du Rhin
Et lacs aux vagues monotones
Me grisant de subtils chagrins,
Même à seize ans j'aimais l'automne.
Toi, Septembre, puisque ta main
D'un an sur l'autre me couronne,
Tresse des pampres, que demain
Mes soixante ans aiment l'automne!