"La vraie vie, c'est la littérature." (M. Proust)
LES AMANTS
Les verra-t-on, furtifs, dans l’ombre solitaire,
Sous l’idéale nuit d’un avril embaumé
Où le vent jette au cœur avide d’être aimé
La verte exhalaison des encens de la terre ?
Leurs pas glissent ensemble à travers bois et champs ;
Nul ne sait quel éclair de candide démence,
Les a, tout éperdus de cette audace immense,
Déliés ce soir-là de scrupules touchants ;
Mais ils s’enfuient, muets tant leur âme est sonore,
Faisant fi de fournée ou de linge au lavoir,
Oublieux d’êtres chers qui comptent les revoir,
Et rêvant que pour eux dorme à jamais l’aurore.
SEPTIÈME CIEL
De ma fenêtre tu verras,
Quand je te tiendrai dans mes bras,
Le ciel dorer sa voûte immense
Et pour notre amour qui commence
Dresser cent décors d’opéras ;
La chair confite des cédrats
Et la chaleur de l’hypocras
Scelleront pour toi la clémence
De ma fenêtre ;
Et sans brillants de vingt carats,
Sans brocarts, martres ni surahs,
Quand du bonheur pur la semence
Aura fleuri dans ma romance,
À jamais tu te souviendras
De ma fenêtre.