"La vraie vie, c'est la littérature." (M. Proust)
TOURTERELLES
Tout autour de ma maison
Roucoulent les tourterelles,
Le jour est trop court pour elles,
Trop vite fuit la saison,
La saison pourtant si belle
Quand l’aurore en ses atours
Et les soirs où l’or ruisselle
S’enchantent de leurs amours.
Tout autour de mon jardin
Des enfants couraient naguère,
Feux follets, foudres de guerre,
Gare, rose et lavandin !
Que de gaîtés, de colères,
Que de farces, chers gredins !
Les heures valsaient, légères,
Mieux que bonds de baladins.
Tout autour des souvenirs
Enroulant sa brume douce,
L’oubli lentement émousse
Les regrets et les soupirs ;
Il pare de feuilles rousses
Les arbres las de fleurir,
Vêt de lichens et de mousses
La forêt près de finir.
Tourterelles, chuchotez
Aux confins de la mémoire
Pour qu’on ose longtemps croire
À la douceur des étés
Et qu’au creux des heures noires,
Reposoir d’éternité,
Votre chant tisse des moires
De tendresse et de clarté.