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"La vraie vie, c'est la littérature." (M. Proust)

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DEUX POUR UN(E)

 

 

 

BÉRÉNICE  (1)

 

 

Mort, dis-tu, messager? Titus est mort?

Deux ans... Deux ans déjà, deux ans à peine

Qu'une galère emportait loin du port

Jusqu'à l'espoir qu'une autre m'y ramène!

 

Depuis, leurrant sa soif de réconfort,

Mon âme jette aux flots sa plainte vaine,

Sans que jamais vague ni vent ni sort

D'un simple écho donne trêve à sa peine.

 

Titus est mort, je vis; toi, messager,

Toi qui, chargé de mon cri trop léger,

As tant de fois bravé la mer stérile,

 

Où t'enverrai-je désormais? Vers quel

Havre ou quelle escale, vers quel asile

De ma douleur porteras-tu l'appel?

 

 

  

  

BÉRÉNICE (2)

 

  

Messager, que dis-tu? Le prince, à Rome, mort ?

N’était-ce pas hier - deux ans peut-être, à peine… -

Qu’exempte de l’espoir qu’une autre m’y ramène,

La  trirème fuyant m’emportait loin du port ?

 

Leurrant depuis ce jour sa soif de réconfort,       

Mon âme au fil des flots jetait sa plainte vaine

Sans obtenir jamais, comme trêve à sa peine,

Le moindre écho de l’onde, ou des vents, ou du sort.

 

Titus n’est plus, je vis ; et toi, dont l’endurance

De mes mots belliqueux accompagnait l’errance

Pour que sans fin l’empire entende mon malheur, 

 

Où t’envoyer chercher, émissaire docile,  

Un havre pour mon deuil, pour ses cris un asile,

Vers qui porter demain l’appel de ma douleur ?   

 

 

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