"La vraie vie, c'est la littérature." (M. Proust)
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DURE RÉALITÉ
Quand l’amour tisserait les parfums de la terre Pour revêtir son corps d’un linceul embaumé, L’être que dans ce monde on a le mieux aimé N’en finirait pas moins putride et solitaire ;
Tu peux croire, puisant aux flots d’un vieux lavoir, Dérober l’élixir qui ranimer l’aurore, Mais tu n’exhiberas que son spectre sonore : Le vrai passé jamais ne se donne à revoir ;
Et moi, fier décideur de sagesse ou démence Pour avoir parcouru du savoir quelques champs, J’entends rire les dieux à ces efforts touchants D’un atome empêtré dans l’univers immense. |
SUAVE MARI MAGNO…
Lucrèce, contemplant du port l’âpre tourmente, Prend pitié des esquifs que l’orage a surpris, Et chante le bonheur, humble, aisé, mais sans prix, Qu’on gagne à réfréner l’illusion charmante :
« L’or, le succès, dit-il, le pouvoir sans rival, L’aventure, et l’amour - si tu crois qu’il existe -, Le sort jette sur tout, de son œil torve et triste, Quelque revers plus prompt que l’écart d’un cheval!
Mais prends des fruits, du vin, savoure-les sur l’herbe, Et, goûtant de mes vers la tendre autorité, Propose-les pour baume à ton cœur irrité, Au bord d’un lac limpide où gît le ciel superbe ! »
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