"La vraie vie, c'est la littérature." (M. Proust)
BALLADE SUR TROIS BALADINS
L'un fut jadis traîne-misère,
Voire larron dit la rumeur,
Au surplus jaillissant trouvère
Dont s'éternisent les douleurs
Quand vibre ici résonne ailleurs,
De flûtes en violoncelles,
L'air que sifflait ce maraudeur
Qui fut orfèvre en ritournelles.
L'autre, qu'il fût ou non sincère,
S'aimait moins joyeux que charmeur,
Triste et doux jusqu'en son mystère,
Berçant la lune sur son cœur
Comme on bercerait un bonheur
Enfui dans un battement d'ailes ;
C'était un prince de rêveurs,
Enlumineur de ritournelles.
Le troisième crie la colère
De ceux que bâillonne la peur ;
Que lui importe de déplaire
S’il peut conjurer le malheur !
Sur tous les tons, vif ou moqueur,
Ou chaud de tendresse immortelle,
C'est un oiseau des plus chanteurs,
Un virtuose en ritournelles.
Ami lecteur, que ta faveur
A leur chant ne soit pas rebelle :
C’est le seul vœu du rimailleur
Qui fit ce bout de ritournelle.