"La vraie vie, c'est la littérature." (M. Proust)
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NOËL SUR LE CAUSSE
Pour sapin, le genévrier Tiré du bois maigre où frissonne La feuille que les vents d’automne Du chêne n’ont pu délier.
Déroulé leur nid de guirlande, Voici briller six boules d’or : Parmi les piquants du décor, À doigts prudents, qu’on les suspende !
Les astres de pâle carton, Du papier d’argent les habille, Et l’arbrisseau joyeux scintille, Nimbé d’un unique feston.
Pour la grotte, suffit qu’on façonne Le fond d’une boîte à souliers ; Autour, des rocs de krafts grossiers Qu’artistement la main chiffonne.
Du lichen neige sur les creux ; Vers des gazons de fraîches mousses, Douze moutons, labrit aux trousses, Égaillent leur troupeau peureux.
Trois bergers, dont l’un s’agenouille, L’autre serre, en fait de collet, Sur sa nuque un frêle agnelet, Et la bergère a sa quenouille.
Joseph en brun, Vierge d’azur, L’Enfant comme de sucre rose ; L’âne veille, et le bœuf repose, Jarret brisé, contre le mur.
Et pourquoi pas déjà les mages ? À l’écart… deux chameaux pour trois… Couronne et pourpre de vrais rois, Mais leurs présents pour seuls bagages…
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Point de neige en blancs tourbillons Sur les murs gris, la tuile obtuse ; D’aucun seuil ni chemin ne fuse L’exubérance de lampions :
Minuit dort. Pour demain, le prêche, Les cantiques, l’harmonium, L’encens baignant d’un Te Deum Les santons géants de la crèche,
Quand du soulier ciré le soir Seront nés, pour fruits de l’attente, Le livre ou le jeu - qu’agrémente Un jésus de chocolat noir.
Le jeu se partage, et le livre, Au long des mois repris, relu, Rouvre sans fin l’espace élu Et de toute entrave délivre.
L’enfant qui rêve est-il naïf ? S’il aime se bercer d’histoires, C’est qu’elles drapent de leurs moires Ce que le monde a d’incisif.
Noël à peine carillonne Dans le village aux bois dormant ; Le conte fait qu’à tout moment L’espoir de mille cloches sonne !
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