"La vraie vie, c'est la littérature." (M. Proust)
PORT ROYAL DES CHAMPS
Alentour, prés et bois mêlent leur vert fouillis
Où ne reste de murs qu’une enceinte incertaine,
Ici blocs décapés, joints frais, crête hautaine,
Là-bas moellons moussus qu’assiègent les taillis ;
Le creux du val est vide, et les vents recueillis
Viennent, d’un vol furtif effleurant la fontaine,
Y baigner, comme éclos d’une saison lointaine,
Le souffle à bout de pleurs des chagrins envieillis.
Seul vivant sous le ciel où le fil des nuées
Tisse de lents charrois d’âmes exténuées,
On y rôde, on y songe aux sages du Désert ;
On rêve qu’un instant le parc mélancolique
Des voix mortes dans l’ombre éveille le concert
Et repeuple le soir de leur timbre angélique.
