"La vraie vie, c'est la littérature." (M. Proust)
EN SOUVENIR D’UNE VOIX
Tel, que mène sa soif vers ces secrètes eaux,
Croirait, environné d'une forêt profonde,
Boire à genoux, dans l'ombre sourde des roseaux,
- Jusqu'à mourir - douceur et douleur d'être au monde.
Tel, qu'y porte le vol tranquille d'un oiseau,
Se voit brisant le fil des ailes vagabondes
Pour s'abattre, vibrante étoile, ardent fuseau,
Jusqu'au cœur noir et doux que nul regard ne sonde.
Et, du tendre bouleau jusqu'au sombre cyprès,
Chaque arbre dans le soir à mi-voix pleurerait,
Tandis que, sans suspendre ou ralentir sa course,
L'eau vive roulerait sous l'arceau des taillis
Le galet, le fruit mûr, l'astre par qui jaillit
Dans un cri dévorant le chant nu de la source.