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"La vraie vie, c'est la littérature." (M. Proust)

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CRAINDRE L'EAU?

 

LE FLEUVE DANS LA VILLE

 

 

Reptile apprivoisé qu’habille de velours

La main lisse du vent sur ses airs d’Orénoque,

Le fleuve dans la ville étire ses flots lourds,

Froissant en plis rieurs sa moirure équivoque.

 

Les hommes sur ses bords ont dressé leurs palais,

Accroché leurs balcons, déroulé des halages ;

L’érable et le lilas dévalant des remblais

Brodent sur sa peau verte un leurre de feuillages.

 

On le voit, quand avril dore son dos épais,

Au pied des ponts suspendre indolemment ses ondes,

Où les frontons naïfs se contemplent en paix,

Réjouis d’y trembler en formes vagabondes.

 

Cependant, le flux râpe et la glèbe et le mur ;

Rongeur sournois au flanc aveugle de la rive,

Bribe à bribe il emporte, en un trophée obscur,

Chaque jour un peu plus de leur substance vive ;

 

Et si l’orage, un soir, du dragon somnolent

Devait gorger la panse à crever les écailles

Et qu’en remous bourbeux sa lymphe s’écoulant

Submergeait les jardins, les maisons, les murailles,

 

Quel indomptable esprit planerait sur les eaux ?

Quel souffle éveillerait quelle bouche féconde

Qui rechante sans peur dans l’âme des roseaux,

Pour qu’à nouveau la ville ait pignon sur le monde ?

 

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