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"La vraie vie, c'est la littérature." (M. Proust)

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SEPT RONDEAUX

1 - PRINCESSE CAPTIVE

 

De ma fenêtre le verrai-je

Sous le tulle qui me protège

Chercher le rire de mes yeux ?

Ne pourrait-il tomber des cieux

Un soir d’hiver avec la neige,

 

Ou se laisser par sortilège

Conduire vers l’aimable piège

Que lui tend le reflet joyeux

De ma fenêtre ?

 

Je suis la ville qu’on assiège,

Mais loin de craindre le manège

De l’assaillant, j’aimerais mieux

Le voir en un saut  périlleux

Allègrement franchir l’allège

De ma fenêtre.

 

  

2 - SENTINELLE

 

De ma fenêtre je regarde,

Dès l’aurore montant la garde,

Tourner le jour et la saison,

Et la nuit - folie ou raison -,

Insomnieuse je m’attarde ;

 

Les flammes dont le soir se farde,

Le rayon blanc que l’aube darde,

J’en vois la moindre effloraison

De ma fenêtre ;

 

Je m’en voudrais si, par mégarde,

Je manquais l’heure où la camarde,

Lasse de ma vaine oraison,

Tendra sa faux vers ma maison

Pour me retrancher, goguenarde,

De ma fenêtre.

 

  3 - MATIN D’HIVER

ou  OMNIA VICIT LABOR

 

De ma fenêtre je regarde

Frissonner sous l’aube blafarde

Les arbres nus de février,

En écoutant le vent crier

Contre l’angle de la mansarde.

 

Des oiseaux noirs montent la garde

Sur les toits d’ardoise où s’attarde

Un glacis plus froid que l’acier

De ma fenêtre.

 

Mais voici qu’un rayon lézarde

La brume grise et se hasarde

À caresser mon encrier :

Si j’écrivais, pour oublier

Le gel sur la vitre hagarde

De ma fenêtre ?

 

4 - SPLEEN

 

De ma fenêtre on voit les jours

S’esquiver à pas de velours

Et sombrer sans adieu ni gloire

Au plus obscur de la mémoire,

Souvenirs perdus pour toujours.

 

De leur spectre on voit les contours

S’effacer, livides et gourds,

Sur la transparence illusoire

De ma fenêtre.

 

On y voit mourir les amours,

Et l’on entend les beaux discours

Qu’on se plaisait jadis à croire

Cogner parfois, dans la nuit noire,

En vain contre les volets sourds

De ma fenêtre.

 

5 - RÉALISME ? 

 

De ma fenêtre au ras du toit,

Je n’attends pas, comme on le croit,

Que vienne l’oiseau de légende

Ni que le ciel en pluie épande

L’or que prit Zeus pour masque étroit.

 

Ni mon front sur le verre froid

Ni mon esprit - bien trop adroit -

Ne rêvent d’un cœur qui dépende

De ma fenêtre.

 

Et quand la pulpe de mon doigt

Dans la buée ouvre un détroit

Et le festonne et l’enguirlande,

Mon œil n’escompte pour provende

Que voir clairement ce qu’on voit

De ma fenêtre.

 

 

6 - SEPTIÈME CIEL 

 

De ma fenêtre tu verras,

Quand je te tiendrai dans mes bras,

Le ciel dorer sa voûte immense

Et pour notre amour qui commence

Dresser cent décors d’opéras ;

 

La chair confite des cédrats

Et la chaleur de l’hypocras

Scelleront pour toi la clémence

De ma fenêtre ;

 

Et sans brillants de vingt carats,

Sans brocarts, martres ni surahs,

Quand du bonheur pur la semence

Aura fleuri dans ma romance,

À jamais tu te souviendras

De ma fenêtre.

 

 

7 - HEURE DERNIÈRE

 

 

De ma fenêtre, un soir d’avril,

Mon âme, ayant rompu le fil

Si léger, si fin, si fragile

Qui l’arrime au corps imbécile,

Prendra son vol d’un clin de cil.

 

Fi de la crainte et du péril !

Le regret ? Hochet puéril

À l’instant de quitter l’asile

De ma fenêtre.

 

Vers la lune, sublime exil,

Nid secret du feu volatil,

Laissant du corps l’humble fossile,

Se résoudre en féconde argile,

Fuira sans peur l’esprit subtil

De ma fenêtre.

 

 

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