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"La vraie vie, c'est la littérature." (M. Proust)

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RESTONS DANS LE PASSÉ

 

 

HIVER 48

 

 

Père affûtant la serpe ou rétamant le seau,

Mère à la basse-cour, Grand-mère à sa marmite,

Le vieil homme veillait souvent sur mon berceau :

Laissez ! j’ai tant de joie à voir cette petite !

 

La petite dormait comme à trois mois l’on dort,

Un frisson quelquefois l’ébrouant tout entière,

Son poing menu s’ouvrant, mû par quelque ressort

Dont l’onde allait frémir jusque sur sa paupière ;

 

On le sait, ce n’est là ni douleur ni refus,

Rien qu’un excès de rêve, un trop plein d’invisible

Qui déborde les sens du jeune être confus

Et mêle un peu de trouble à son sommeil paisible.

 

La petite dormait et rêvait, sans savoir

Que doucement la mort rampait vers son grand-père,

Lequel ne luttait pas, voulant la recevoir

Sur ses deux pieds plutôt que de l’un se défaire.

 

À l’enfant si nouvelle a-t-il nommé la mort ?

Se plaignait-il parfois de son ombre secrète?

Ce temps-là fredonnait sans mots le réconfort

Comme il gavait d’onguent la blessure imparfaite…

 

Je ne sais ce que j’entendis, ni si mes yeux

Purent poser l’opaque azur de leurs prunelles

Sur le visage calme et clos, sur les doigts pieux,

Sur  le corps exilé des tendresses charnelles.

 

Du vieil homme, plus droit dans sa mort que vivant,

Lui qui s’était courbé tant et tant vers sa terre,

Tant de fois incliné sur le livre ou l’enfant,

Aurais-je avant de vivre appris le noir mystère ?

 

N’ai-je pas toujours su comme il attend, blotti

Dans l’aveugle tiédeur battante de nos veines,

L’heure où tremble l’élan du cœur trop averti

Que l’univers a faim des frêles fleurs humaines ?

  

  

 

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