"La vraie vie, c'est la littérature." (M. Proust)
D’AMOUR ET D’EAU FRAÎCHE
Dieu seul, Madame, sait combien j’aurais aimé
Que votre œil m’inondât de sa tendresse immense,
Et qu’en retour le mien - soit bonheur soit démence -
Baignât de pleurs dévots votre corps embaumé.
Quand des larmes, Ninon, comme on voit à l’aurore
La rosée emperler le liseron des champs,
Font au bord de tes cils briller leurs feux touchants,
Mon sang soudain bouillonne en cascade sonore.
Ondine dont jadis, de la source au lavoir,
Coula le chant d’appel à l’âme solitaire,
Je rêve que mes pas s’évadent de la terre
Pour s’ouvrir les chemins de l’onde où te revoir.
NAUSICAA
Sur l’île que les flots battent de leur démence,
Elle épuise ses nuits en délires touchants,
Car le rêve à ses pas offrant la grève immense
L’y jette sans espoir d’atteindre, au bord des champs,
Là-bas où sable et sel cèdent devant la terre,
Plus loin que l’âpre agave et le ciste embaumé,
Au creux le plus secret d’un hallier solitaire,
Le nid de mousse tiède où le corps de l’aimé
Tomba jadis, vomi par l’ouragan sonore,
- Et dans le songe impitoyable, nul lavoir
Ne lui promet qu’un homme, aux lueurs de l’aurore,
S’y dressera, pleurant de joie à la revoir.