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"La vraie vie, c'est la littérature." (M. Proust)

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LA MAISON

Si Gilles n’y entend sans doute qu’un éloge, baume sur sa vague honte d’orphelin longtemps materné par une cadette, comment Viviane, sa femme, n’en percevrait-elle pas la compassion secrète ? Quelle que soit son amitié pour Nadia, comment n’en serait-elle pas heurtée dans sa fierté conjugale ? Et si elle a déjà failli, une fois ou l’autre, se formaliser du dévouement absolu, exclusif, de Gilles à la réfection de la maison, pourrait-il se faire que, de sa connivence fugace avec sa belle-sœur, elle ne sente pas sourdre, réprouvant les prémices de ses propres réticences, un remords comme d’une déloyauté ? Cette fêlure entre eux, dont elle doit souffrir confusément, par accès, ainsi que d’une pointe d’épine enkystée que la pression réveille, il l’ignore ou s’en détourne, tout aux besognes qu’il se donne. En juin, dans la sueur et la poussière, il a consacré trois jours pleins à l’assemblage, puis il a crépi, lessivé, huilé, ciré, avec une ferveur si jalouse que Viviane redoutait presque de l’approcher : à peine avait-elle offert son aide qu’elle avait lu, dans le rembrunissement du visage, la même sorte d’irritation que si elle brisait un cercle intime ou dévoyait la magie d’une conjuration, et quand, mi-curiosité, mi-dévouement d’épouse, elle venait rôder autour de l’ouvrage, son corps l’encombrait : que ne pouvait-elle, aérienne et diaphane, effleurer d’un regard insubstantiel les onguents, et suspendre son souffle susceptible de les troubler!

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