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    DEUX ÉPITAPHES 

    Comment vivre quand ce monde

         d ’où vous avez fui,

    gonflé d'oubli, vibre et gronde

          sans vous jour et nuit ?

     

    Comment poser sur la terre

                où vous n'êtes plus

    des yeux sans peur ni colère,

                des pas résolus?    

     

    Où lancer, pour qu'il vous touche,

                le vol effaré

     des paroles que la bouche

                n'osait proférer?

     

    Faut-il à d'atroces rives,

                 enfer ou néant,

    livrer les ombres rétives

              de chers mécréants?

                                                  

    Mais, pour leur âme incrédule,

               quelle éternité   

    faire fleurir, que ne brûle

                son impiété?

                                

    Qu'au moins, sous l'arche de flamme

            de nos souvenirs,

    dorme paisible votre âme

                qui croyait finir,

     

    et qu'un dieu l'éveille à l'heure

                où l'on cherchera,

    chancelant comme un qui pleure,

                l'abri de vos bras!

                 

                              1989
     

    Tu ne verras plus le printemps ;

    Tu ne sens pas frémir la brise

    Ni vibrer le matin que grise

    Son reflet d’or dans les étangs.

     

    Tes yeux sont fermés, ton oreille

    Est sourde à la chanson des nids ;

    Tous les jours pour toi sont finis

    Quand la terre en riant s’éveille.

     

    Tu ne verras pas le printemps,

    Ni l’été royal, ni l’automne ;

    De ta voix que l’ombre emprisonne

    L’écho s’essouffle au fond du temps.

     

    Roide ta main, froid ton visage ;

    Des sèves montantes l’effort

    Évite le marbre où s’endort

    Le souvenir de ton courage.

     

    Veilleur frêle aux feux inconstants,

    Avant que la mort l’éternise,

    Le cœur, d’y trop songer, se brise :

    On peut ne plus voir le printemps. 

     

                                       2009

     

                          ET UNE TROISIÈME

     

    Tant qu’autour de leur nom la bouche

    Pose la ferveur des baisers,

    Tant que le sang brasse, farouche,

    Des sentiments inapaisés,

     

    Tant que la nuit voit leur visage

    Sous les paupières s’éveiller,

    Tant qu’une larme fait naufrage

    Dans la tiédeur de l’oreiller,

     

    Tant que la mémoire bavarde

    Ranime leurs pas et leurs voix,

    Tant que l’œil au-dedans s’attarde

    Sur leurs manières d’autrefois,

     

    Tant que la main vide s’égare

    À palper l’ourlet d’un chapeau,

    Tant que dans le songe on s’effare

    D’encore avoir touché leur peau,

     

    Les morts ne sont pas morts, ils vivent

    Au fond de nous, philtres, poisons

    Dont les ferments longtemps dérivent

    Au bord des mots que nous disons ;

     

    Les morts ne sont pas morts, ils errent,

    Sans se plaindre, sans murmurer,

    Entre les souvenirs qu’enterrent

    Nos cœurs fatigués de pleurer ;

     

    Les morts ne sont pas morts, ils frôlent

    De leurs tendres frémissements

    Nos vœux, nos soupirs, ils s’enrôlent

    Dans les drames de nos serments ;

     

    Les morts ne sont pas morts, leurs rêves

    Hantent la nuit des profondeurs

    Où nos âmes quêtent des trêves

    À leurs impossibles douleurs ;

     

    Les morts vivent pour qui les aime

    Malgré le temps et les frimas,

    Ils dorment au chaud du poème

    Qui redit que tu les aimas.

     

         

     

                           

     

     

     


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