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    Sous les vents de Neptune,  de Fred Vargas

    (et aussi Pars vite et reviens tard, L'homme à l'envers, Temps glaciaires, L'homme aux cercles bleus, Coule la Seine.)

    Autant dire: une addiction soudaine.

    Les intrigues sont extravagantes, mais les personnages si fascinants! Et l'écriture: attachante, imagée, pittoresque, qu'elle se coule dans les pensées du héros, ou qu'elle s'amuse à se calquer sur des langages particuliers. Le québécois est délicieux, ou le parler de Clémentine, pour donner deux exemples.

    Je comprends pourquoi l'auteur préfère parler de "rompol" plutôt que de roman policier: elle doit  prendre beaucoup plus de plaisir à l'écriture des dialogues qu'à l'enchevêtrement des faits, qu'elle me semble expédier avec une certaine désinvolture, s'amusant, certes, à laisser le lecteur sur sa faim par le découpage des chapitres, mais surtout attentive aux relations des personnages.

    Bref, on commence à lire lentement, puis on ne peut plus lâcher.

     

     


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    * Et tu n'es pas revenu, de Marceline  Loridan-Ivens 

    C'est un petit livre magnifique: simplicité, émotion contenue, ordre sans raideur, précision de l'analyse...

    L'auteur évoque, plus qu'elle ne raconte, sa déportation en février 1944, en même temps que son père, déportation dont elle est revenue mais non lui, d'où le titre.

    Dans l'édition du Livre de Poche, qui est celle dont je dispose, ce court récit est suivi d'un dossier des plus clairs sur la tentative d'extermination des Juifs menée par les nazis.

     

    * Muse, de Jonathan Galassi

    Une déception. Le thème  - peinture du monde de l'édition - était attirant, et les critiques flatteuses. Mais c'est raté. Les deux premiers tiers, ou peut-être les trois quarts, paraissent une interminable exposition , où les personnages ne prennent pas vie. La rencontre à Venise entre le personnage central et la poétesse qui est son idole retient davantage l'attention, prend un peu de saveur romanesque, avant que la fin retombe dans une espèce de résumé insipide.

     

    * Le feuilleton d'Éric Chevillard, dans le Monde des Livres

    J'avoue que je le lis avec un plaisir particulier chaque fois qu'il éreinte ou égratigne une gloire plus ou moins surfaite. Cette semaine, le dernier ouvrage de Jean d'Ormesson, Guide des égarés, où le chroniqueur voit plutôt un Traité des évidences.  Jean d'Ormesson est sans doute un homme charmant et  un charmant ornement de l'Académie française,  mais qu'il entre dans la Pléiade m'a semblé pour le moins prématuré.

    Après avoir relevé dans  ce fameux Guide des évidences du genre: "Nous sommes mortels et le monde passager", "Le problème avec la vérité, c'est qu'elle ne cesse de se dérober", "Dieu existe-t-il? Le débat ne sera jamais tranché", Éric Chevillard conclut gentiment: "Riches de ces enseignements, nous refermons doucement le guide de Jean d'Ormesson. L'écriture très académique, en effet, empruntée à la littérature plutôt que vécue et incarnée, joue toute seule dans ces pages et, quelquefois, produit une heureuse cadence, une noble pensée. Notre univers si éphémère devrait survivre une peu, néanmoins, à ces minces considérations."

     


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    La recherche du bonheur

    Une relation dangereuse, les deux de Douglas Kennedy.

    Oui, de bons gros mélos à l'américaine: malheurs en cascades, héroïne combative, suspense (assez transparent) ménagé, ficelles plutôt voyantes, et bien évidemment happy end. Le premier laisse deviner très vite le rapport entre les deux narratrices. Le second est - à mon goût - ennuyeux dans sa première partie, vraiment trop longue; la seule chose qui retienne est la scène finale du tribunal; en tout cas c'est la seule partie qu'on ait envie de relire (exactement comme dans le troisième tome de Millenium). Pourquoi? Sans doute pour le plaisir de voir démonter le mensonge et la suffisance.

    Que dire de l'écriture? Elle me fait penser aux séries télévisées, américaines ou non: les dialogues sont efficaces, quoique parfois artificiels; le reste n'offre ni surprise ni particulière beauté d'expression.

     

     


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  • Pas pleurer, de Lydie Salvayre

    Je l'aurais lu, prix Goncourt ou pas, ne serait-ce que par curiosité de la manière dont l'auteur inclurait Bernanos dans les souvenirs de sa mère.

    Lydie Salvayre, je le savais depuis des lectures antérieures (Compagnie des spectres, Conférence de Cintegabelle), a de l'énergie et du style (l'une entraînant parfois l'autre à des répétitions qu'on peut trouver un peu trop insistantes).

    Cette énergie, il paraît évident à la lecture qu'elle la tient de sa mère, dont le personnage est magnifiquement peint, avec tendresse et admiration implicites. Pour les autres protagonistes du récit, Diego, son père, José, l'oncle qu'elle n'a pu connaître, don Jaime, le grand-père dont on ignore si elle l'a jamais rencontré, elle sait ménager leur découverte progressive et finalement nous conduire à pondérer nos premières impressions - comme elle l'a peut-être fait elle-même, que ce soit en écrivant ou plus tôt.

    Le titre apparaît tard dans le récit, mais ne serait-il jamais apparu qu'il s'avérerait amplement justifié par la façon dont tous ces gens affrontent le malheur et même l'horreur.

    Foenkinos à côté,  je l'ai déjà écrit, est un écrivain de gare et ce n'est pas le choix d'un sujet comme celui de Charlotte qui peut y changer grand-chose.

     


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  • Après la guerre, d'Hervé Le Corre

    J'ai détesté la première scène, dont la violence est écœurante.

    Mais la suite est belle, surtout les cahiers de Jean, et bien qu'ici encore la noirceur (c'est la loi du genre, je sais) me paraisse par moment poussée jusqu'à l'invraisemblance - non dans la peinture de la guerre d'Algérie, mais dans l'image du Bordeaux d'après guerre.

    Le style a de réelles qualités; un critique le qualifie de "flamboyant"; il est vrai qu'il est riche d'images, il est vrai aussi que la différence entre le ton des cahiers et celui des divers récits entrelacés est marquée avec justesse. Juste un détail: l'enchaînement des "et...et...et.." au lieu de virgules m'a parfois fait l'effet d'un procédé.


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