• LE RÊVE DE L'ÉLÉPHANT

     

    LE RÊVE DE L'ÉLÉPHANT 

     

     

    Je n'ai nul souvenir

    de la jungle où le tigre rugit encore,

    ni des enfants aux joues de cuivre,

    ni du parfum de safran qui colore

    les pays voisins de l'aurore.

     

    Et toi, beau cheval bai, les connais-tu,

    les immenses plaines de l'ouest

    et les monts où les torrents roulent de l'or,

    ces espaces que foulent tes frères sauvages?

     

    Ici, comme toi, je porte panache,

    comme toi je me cabre et danse

    - un peu plus lourd, un peu moins leste -,

    je partage ta paille et ton foin;

    la vie est calme, et serait triste

    sans les yeux étoilés des enfants

    et les tendres bourrades des garçons de piste.

     

    Mais, cheval bai, mon frère,

    n'as-tu jamais vu sous l'ombre des gradins,

    dans les plis vastes de la toile,

    n'as-tu pas vu mon cornac et ta cavalière

    se faire les yeux doux?

    N'as-tu pas vu leurs mains

    à la cravache qui n'empoigne que l'air

    se préférer l'une l'autre?

    De ta litière, n'entends-tu pas

    les soupirs et les rires de leurs ébats?

     

    Un jour peut-être, le jour où ils auront

    plein d'enfants et leur cirque à eux,

    ils nous conduiront vers les Indes et vers l'Amérique:

    alors je verrai

           la jungle où le tigre rôde encore.

    et toi

           les étendues sans borne du Far West!

      

      


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