• FUGUE POUR VIOLON

     

     

    C’était, selon la formule usuelle, une femme entre deux âges - à vrai dire vieille aux yeux d’Astrid, pour la seule raison qu’au bord des tempes ses cheveux grisonnaient -, mais alerte et vive à en juger par sa réaction instantanée. À peine son regard avait-il accroché le violon, qu’elle avança la main, la retira, puis se tourna résolument vers Astrid : « Il ressemble tellement au mien ! Pourrais-je vous demander… ? » Le récit succinct de la jeune fille arracha de son plexus une expiration violente, mi sanglot mi fou rire. « Je pense, je suis sûre que c’est le mien. Je l’ai perdu pendant une sortie avec les enfants. C’est un peu long à raconter. Si vous aviez le temps… ? J’habite juste à côté. » Sa main frôlait de nouveau le manche du violon. « S’il est à vous, prenez-le », soupira Astrid. Puis elle ajouta plus fermement à l’adresse de la directrice : « Ce qui est promis est promis. Je viendrai ! »

    « Ensuite, rapporta Astrid aux trois autres, le dimanche, sur la terrasse ensoleillée du « Coucou », je suis sortie avec Monique. Son nom, c’est la première chose qu’elle m’a dite pendant que nous traversions la cour. Elle portait le violon comme un bébé, au creux du coude, et de temps en temps elle le regardait avec l’air de douter de sa présence. En chemin, elle m’a expliqué comment elle l’avait perdu et, une fois chez elle, pourquoi elle y tenait tant. Elle m’a montré où elle le garde : une boîte en verre, une espèce d’aquarium, avec un coussin de soie au fond. Elle a sorti de vieilles photos… »

      

      

      

     


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