• FUGUE POUR VIOLON

     

    L’absence d’écho à leurs appels les jours suivants exaspéra la curiosité du frère et de la sœur. Ils réitérèrent, ils multiplièrent leurs messages. Le violon reposait sur la table de nuit d’Astrid ; elle en caressait du bout de l’index les contours, les fêlures, les esses minuscules, et se livrait à de romanesques hypothèses, cependant qu’Arthur s’escrimait à réveiller en elles des rêveries moins éthérées. Léo déboulait à pas d’heure dans l’appartement exigu de sa sœur, sous prétexte d’ajouter des détails - dimensions au millimètre près, nombre et forme des entailles, excoriations, éraflures… - à la fiche signalétique qu’inlassablement il lançait sur les ondes. La tension monta, des menaces de rupture se firent jour, jusqu’à ce que, de plaintes en querelles, un soir où une séance de cinéma prévue de longtemps semblait mise en balance avec les impératifs de l’enquête, une explosion de Prune ouvrît - bien malgré elle mais on ne peut plus opportunément - une perspective encore inenvisagée. « Mettez-le sous globe, déposez-le aux objets trouvés, refilez-le à Emmaüs, flanquez-le à la poubelle, mais qu’on n’en parle plus ! Ce n’est jamais qu’un jouet perdu ! » Jouet : une lumière fusa dans la tête d’Astrid, toujours plus prompte (sauf au jogging)  que son frère. Les enfants. Les écoles.

    Léo était trop anxieux de rentrer dans les bonnes grâces de Prune. Ce fut donc Astrid, en suspens entre ses examens et son stage d’été, qui entreprit la tournée. Tâche de plus longue haleine qu’on ne pourrait croire. « Le bois », dans la région, désignait une assez vaste forêt que jouxtaient plusieurs communes, nanties chacune d’au moins une école maternelle et une école primaire. Sans compter qu’à la belle saison des bus d’origine plus lointaine déversaient sous les frondaisons toutes sortes de groupes d’enfants, écoliers, louveteaux, ou petits banlieusards gratifiés d’une excursion… Mais autant la chance avait nargué les recherches plus sophistiquées, autant elle se montra accommodante dès qu’Astrid eut offert de payer de sa personne, autrement dit proposé de venir lire des histoires, accompagner des sorties, faire écouter de la musique, voire jouer à des jeux instructifs, en échange d’une simple autorisation : montrer le violon à tous les enfants. La directrice de l’école primaire de Clermont-le-Vieux, le second établissement qu’Astrid visitait, venait d’accéder à sa demande au terme d’un bref entretien. La jeune fille s’apprêtait à reprendre l’enjeu du marché, déposé sur le bureau comme pièce à conviction, ou peut-être instrument de séduction, lorsque la complaisance du sort voulut que l’une des institutrices eût à déposer, à la fin des classes, une liste quelconque dans le sanctuaire directorial.

      

      


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