• "Ces beaux sonnets..."

    À  FLORENCE

     

     

     

    Viens ! laissons le soleil, les marbres, le palais

    Aux naïves ferveurs de la foule vorace ;

    Allons où le passé n’a posé d’autre trace

    Qu’une dalle muette, étroite, sans reflets !

     

    Que tes yeux, indulgents aux murs gris, presque laids,

    Du porche et du fronton négligent la disgrâce !

    Passe le seuil obscur d’où le regard n’embrasse

    Qu’un indistinct tournoi de rayons violets !

     

    Asseyons-nous tous deux dans ces ténèbres froides,

      frissonna le flot crissant des brocarts roides,

    Et que firent frémir d’arrogants éperons ;

     

    Car c’est  ici, vois-tu, sous la nuit protectrice,

    Havre des cœurs chagrins, trêve douce à nos fronts,

    Qu’au fond des siècles dort l’ombre de Béatrice.

      

      

      

    L'ART  EST  DIFFICILE

      

      

     Ils tournent rond, mes vers, ils dansent bien, mes pieds!

    Je mouds, infatigable orgue de Barbarie,

    Des mots, des mots, des mots, modeste féérie

    Que l'encre en griffons bleus fait jaillir du papier.

      

    Je peux d'une sibylle enfourcher le trépied,

    Ourdir la métaphore, ombrer la symétrie,

    Peindre l'ange qui pleure et l'amante qui prie,

    Brocher quelques sonnets sans trop les estropier.

      

    Mais où, parmi ces jeux, s'entendra la voix vraie?

    A quel signe écarter du froment les ivraies?

    Ma muse, qui répugne à se draper d'obscur

      

    Comme à camper, sur des tréteaux, d'oiseuses poses,

    Craint aussi de rimer ce que dirait la prose

    Et de finir clouée ou pieds ou dos au mur. 


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